

Peu de chose différencie Contrexéville des autres villages qui, petit à petit, se sont repeuplés, si ce n'est sa forge qui bat le fer en aval du village, vers Outrancourt. Elle appartient au marquis des Salles, désormais seul seigneur de Contrexéville. | ![]() |
La notoriété de l'eau de la fontaine minérale de Contrexéville va dès lors en grandissant. En 1773, Pierre Thouvenel un jeune médecin de 26 ans, tout frais émoulu de la faculté de Montpellier est nommé inspecteur des eaux minérales de Contrexéville. L'été dans la station et le reste du temps à Paris auprès de la cour du roi, il se livre à une étude dont le retentissement décida plus d'un noble à venir suivre une cure et faire des soins dans son modeste établissement thermal contrexévillois.
Pendant une dizaine d'année la fréquentation de la station est rehaussée par la présence d'une bonne partie de la bourgeoisie et de la noblesse lorraine et française.
Las de ne pouvoir améliorer le domaine thermal, et de n'avoir pu obtenir l'aide financière de l'intendant de Lorraine Chaumont de La Galaizière, le docteur Thouvenel quitte Contrexéville peu après 1781, alors que le propriétaire Jean Baptiste Brunon (fils de Reine Lamblin) très endetté et manifestement piètre gestionnaire vend la source et une partie du domaine à un homme d'affaire nancéien Jean François Villiez.À cette époque, la vente annuelle est de 2 000 litres d'eau de Contrexéville. Lorsque la Révolution survint, la fréquentation de la fontaine minérale avait déjà bien périclité. Sans médecin inspecteur attaché à la station, elle avait perdu sa belle clientèle partie vers d'autres rivales.
La révolution passe sans dommage, les guerres qui s'ensuivent et celles du premier Empire déciment une partie de la jeunesse du village.
Les documents de 1802 laissent entrevoir une reprise des cures, une cinquantaine de buveurs d'eau fréquentent la source minérale devenue propriété du sieur François Drouillot qui, par la suite, la léguera à son fils Victor (ils seront successivement maire du village de 1800 à 1826).
En 1840, Contrexéville est toujours un village voué à la culture. Il y a 708 habitants, 209 foyers et 184 maisons. Le nouveau propriétaire des eaux minérales Duperrier-Dumouriez annonce une centaine de buveurs d'eau autour de la fontaine minérale que l'on commence à appeler la source du pavillon, parce qu'un petit édifice octogonal en bois la protège, de chaque côté une galerie fermée en fer à cheval la relie au bâtiment des bains d'une part, et à l'hôtel de l'Établissement d'autre part.
Si la vocation céréalière du village ne se dément pas, on perçoit cependant une hausse de la fréquentation, le nouvel hôtel de la Providence, accueille les curistes. Le domaine thermal a changé de propriétaire ce sera le dernier, il se nomme Lormont-Brocard, et possède entre autres le parc et le château d'Épinal qu'il lèguera à la ville, ce qui lui vaudra une petite rue à son nom pour la postérité...
Un nouveau réseau routier passe à Contrexéville : la route de Mézières à Belfort en 1845, puis la celle d'Épinal à Langres en 1865, ainsi désenclavée et desservie la station voit le nombre des curistes en augmentation.
C'est en 1850, qu'un curiste qui deviendra célèbre par la suite est venu boire pour la première fois à la source, il s'agit de Louis Bouloumié le fondateur du domaine thermal de Vittel. Le 8 décembre 1864, une société des eaux minérales de Contrexéville est créée, elle achète le domaine thermal. Dès lors le village connaît une embellie qui progressivement transforme la trame rurale en station thermale, ce ne sont pas les terribles épidémies de choléra de 1832 et de 1854, ni la guerre de 1870 qui freineront son expansion, même si le fait d'arme d'un courageux lieutenant de l'armée française faillit déclencher en représailles l'incendie du village. | ![]() |
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En 1885, un nouveau pavillon des sources est construit par l'architecte Schertzer, sur le style du pavillon Baltard, où sont utilisés le fer la fonte et le verre.
Les fermes du village se convertissent en hôtels, en villas et meublés qui hébergent la clientèle. À la source on embouteille l'eau pour l'expédier. L'économie du village se transforme, les cultivateurs diversifient leur production en devenant éleveurs.
En 1899, la station compte 924 habitants, 268 foyers et 243 maisons auxquels il convient d'ajouter 32 hôtels. 3000 curistes fréquentent la station, la production d'eau embouteillée est de 2 millions de litres par an.
1900 à 1914 c'est la Belle Époque, la ville a fini sa mutation, son visage est totalement modifié, 7 hôtels sont édifiés dont deux palaces : le " Continental " et le " Cosmopolitain ", les autres hôtels s'agrandissent quand ils trouvent encore de la place ou s'augmentent d'un étage supplémentaire. Le ruisseau qui traversait le village est désormais canalisé et recouvert d'une esplanade, la ville commence à s'agrandir en s'étendant le long des routes. | ![]() |
Une nouvelle industrie vient de naître, pour répondre à la demande croissante d'eau en bouteille, une usine moderne est construite pour embouteiller l'eau minérale, la conditionner et l'expédier.
À nouveau le domaine thermal est modifié, l'architecte Méwès qui avait construit l'hôtel Cosmos, en est le concepteur ; il utilisera le béton qu'il habillera ensuite de céramiques.
Après la démolition des bâtiments à la fin de la saison 1909, on entreprend la reconstruction d'un nouveau pavillon, d'une longue galerie à péristyles et d'un établissement de soins thermaux.
![]() | Des personnalités se côtoient dans ce Contrexéville mondain, le Shah de Perse qui, par trois fois, viendra boire les eaux (1900 - 1902 - 1905), la grande duchesse Wladimir avec toute une colonie de russes et une foule de diplomates. Lorsque la guerre est déclarée en pleine saison thermale le 3 août 1914, la station se vide de tous ses curistes et des jeunes contrexévillois. S'ensuivent 4 longues années de conflit, les hôtels désormais transformés en hôpitaux accueillent les blessés en provenance du front. En 1914, la station compte 942 habitants, 292 foyers et 276 maisons auxquels il convient d'ajouter 39 hôtels. 4800 curistes ont fréquenté la station en 1913. |
Le conflit de 1939 – 1945 surprend Contrexéville déserté par les curistes et les hommes en âge de combattre. Au début du mois de mai 1940 la station thermale abrite le quartier général de la 3e DINA et des unités hospitalières. | ![]() |
Contrexéville libéré, son maire résidait à Paris est condamné pour collaboration avec l’ennemi. Une nouvelle page est tournée, il faut panser les plaies et reprendre les activités.
La mine de charbon fermera ses portes en 1952, l’embouteillage et l’envoi de l’eau minérale reprend, les saisons thermales vont petit à petit se succéder avec la présence d’un nombre de plus en plus important de curistes qui va atteindre le chiffre de 5000, notamment des français d’outre mer qui viennent se mettre « au vert ».
Les hôtels après leur réfection, accueillent les estivants, seul l’hôtel Continental restera fermé, avant que son propriétaire n’en fasse don à l’État pour en faire un centre de formation professionnel, aujourd’hui c’est toujours un Lycée Professionnel, où la formation hôtelière de qualité fait le renom de la station.
Contrexéville qui comptait encore 963 habitants en 1940 va soudain se peupler pour passer à 1785 habitants en 1950 puis 2864 en 1960. En 20 ans la population a été multipliée par 3. | ![]() |
La ville s’agrandit et s’embellit, le lac triple sa superficie. Un nouvel embouteillage industriel est construit à l’extérieur de l’agglomération et embauche de nombreux ouvriers, la production éclate, on passe à 800 millions de litres d’eau embouteillés par an.
Le thermalisme français subit une sévère régression à partir de 1970, avant que Contrexéville n’en subisse les conséquences déjà perceptibles puisque le nombre des curistes est descendu à 2500, et que des hôtels cessent leurs activités, une remise en question s’impose ; c’est le challenge que la municipalité, la société des eaux et les acteurs économiques de la ville vont affronter et résoudre avec succès.
En 1979 naît le « forfait ligne », un coup de génie qui va attirer dans la station une pléiade de nouveaux curistes : 1253 en 1980 pour atteindre 3442 en 1986. Il s’agit d’une nouvelle façon de vivre un séjour en station thermale pour un coût moindre que la thalassothérapie mais avec toutes les qualités de ce genre de produit et surtout une ambiance inégalable ouverte sur la nature.
Ce qui est paradoxale, pendant ce même temps la chute du nombre des curistes traditionnels se poursuit, irrémédiablement, mais celle-ci est largement compensée par les différentes formes de séjours proposées par l’établissement thermale et l’office de tourisme.
![]() | Contrexéville continue son expansion, la ville se dote de multiples installations culturelles et sportives, et continue de s’agrandir pour former une agglomération étendue, après la restructuration du centre ville celle-ci conserve un domaine thermal formant un espace de verdure agréable. |
![]() | Nestlé a alors engagé une réorganisation totale des deux sites hydrominéraux, tout d’abord en créant une société (AGRIVAIR) pour protéger et garantir la qualité des eaux minérales, puis en cédant en 2001, au groupe Partouche le casino de Contrexéville, les thermes et les domaines thermaux de Contrexéville et de Vittel, pour ne conserver que les usines d’embouteillage des eaux. Au début du XXI° siècle une nouvelle aube se lève pour la ville de Contrexéville, qui poursuit son rapprochement avec Vittel, et qui a entrepris avec Nestlé et Partouche un dialogue pour favoriser la reprise d’un néo thermalisme destiné à poursuivre la promotion de l’exploitation des eaux minérales dont la notoriété a fait le tour du monde depuis ce beau jour de janvier 1760 où le docteur Bagard la faisait connaître à l’Académie de médecine. |